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Education Nationale

              

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     Bien que la France soit en vacances, la réforme des collèges demeure d'actualité et menace, à la rentrée 2016, de sonner le glas de notre Education Nationale. L'Académie française, qui, sur ce sujet, s'est tue pendant 40 ans, vient de voter à l'unanimité, un communiqué "Pour une vraie égalité des chances" dont la conclusion est sans appel: "L'Académie française estime nécessaire de reconsidérer les principes et les dispositions des réformes proposées". Faut-il rappeler que De Gaulle avait été lui-même l'initiateur de cette mutation: pour répondre aux nouvelles conditions de l'époque, l'enseignement devait être utilitaire, scientifique et technique. Dans la poursuite de ce projet, séduits par la méthode Freinet, les "pédagogistes" ont placé l'enfant au coeur du système : le savoir ne doit pas être imposé à l'élève, c'est à l'élève lui-même de construire son savoir (!). Cette utopie a conduit à ne plus enseigner les connaissances de base, les "fondamentaux". La mission de l'enseignant n'est plus d'enseigner mais de "guider l'élève". L'oral est privilégié: l'élève doit savoir dire, quand, précisément, il n'a encore rien à dire ! Ce que le bon sens populaire dirait : " Mettre la charrue avant les boeufs" ! Les résultats de cette démarche sont pourtant bien connus; la ministre rappelait, dans une tribune du Monde (5 mai): "A la fin de la classe de 3ème, 19% des élèves ne maîtrisent pas les bases de la lecture, 22% en mathématiques, 21% en histoire et géographie." Comment, devant un tel constat, peut-on persister dans l'erreur ? Pour comprendre et approfondir la question scolaire, dans son ensemble et au-delà de la réforme des collèges, nous proposons deux ouvrages essentiels....

 Ces deux ouvrages sont complémentaires et doivent être abordés - si possible - à la suite. 

     Dans le premier, "Le Pacte immoral", (Albin Michel,2011, 284p.),  Sophie Coignard nous offre, non pas une autopsie, car l'Education Nationale, bien que fort malade est encore vivante (!) mais une radiographie du "Mammouth". Un excellent travail de journaliste. L'Education nationale est passée au peigne fin, sans parti pris, en toute objectivité: des faits, des dates, des supports, des noms. Tous les domaines sont abordés. Ainsi on apprend que le ministère est souvent attribué à une personnalité dont on veut se débarrasser, ou à des personnalités sans compétence: ainsi Gilles de Robien protestant qu'il n'a pas fait d'études, qu'il n'a même pas son baccalauréat. Certains, cependant fort compétents, ont sollicité ce ministère: ou ils se sont bien gardés d'imposer quoi que ce soit, se contentant de gérer,(Bayrou), ou bien ils ont explosé en plein vol, comme Luc Ferry ! Nous  apprenons que les ministères ne servent à rien, la politique éducative étant imposée par les différents Conseils, composés en majorité de membres cooptés et bien-pensants. L'auteur souligne que toutes les réformes sont finalement imposées non par la rue de Grenelle, mais par Bercy. La journaliste analyse les travers de cette déstructuration: le "maître" devient peu à peu un "animateur"; l'école est de plus en plus  "déscolarisée" "Il ne faut pas contraindre l'enfant  - pas l'élève, l'enfant !- à apprendre par coeur, à faire des dictées, à réciter, à mémoriser." ! L'auteur n'hésite pas à dénoncer les sanctions (passives) contre les enseignants qui dérogent aux "Instructions", quand celles-ci se révèlent  aberrantes. On ne peut résumer un tel ouvrage, chaque page étant  une pièce indispensable du puzzle.

    Le second est un essai, pétillant d'intelligence, de Natacha Polony, "le Pire est de plus en plus sûr" (Mille et une nuits,2011, poche, 110 p.) Partant du constat de l'école d'aujourd'hui,résultat "des délires pédagogiques des trente dernières années", l'auteur imagine ce que sera l'école en 2020. Ou plus exactement ce qu'elle ne sera plus. L'école n'enseigne plus, les activités sont ludiques, les évaluations fictives, les diplômes démonétisés. Et cette évolution est voulue tant par les partis de gauche, pour des raisons idéologiques, que par les partis de droite, pour des raisons économiques. Les personnels sont désorientés, les parents ont perdu toute confiance. Les conséquences sont inévitables: la prolifération des cours payants (ils existent déjà) pour les riches, les pauvres étant soumis au régime public, où le savoir est aboli, où le mérite n'est pas reconnu, une école tout juste bonne à former des robots consommateurs presse-boutons. Devenue le terreau du communautarisme, déstructurée, "l'Education" n'est plus "Nationale"
     Ces deux ouvrages, apparemment déclinistes, ne le sont pas. Ce sont des signaux d'alerte, des SOS. Nous laissons la conclusion à Natacha Polony :"Contre l'individualisme des libéraux actuels (...) et des libertaires (...) l'urgence est de revivifier le principe de laïcité, d'en souligner l'actualité, tant il est vrai qu'aucune société ne peut survivre à la perte de toute culture commune." 
     Deux ouvrages à lire en urgence.

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